En Ukraine, le réseau électrique est devenu la cible principale de la guerre, pour les deux camps. Des entreprises nouvelles y ont inversé l'économie de la défense : des intercepteurs à quelques milliers de dollars contre des missiles à plusieurs millions.
Dans cette Minute, on regarde ce que cette guerre des infrastructures prépare pour l'Europe et pour les investisseurs.
Transcription
Un drone à fibre optique de 2 000 dollars a détruit en mai un transformateur ukrainien de 3,5 millions de dollars, protégé par un sarcophage de béton. La Russie a lancé environ 5 500 drones et missiles par mois contre le réseau électrique ukrainien l'hiver dernier, et la capacité de production du pays est tombée de 55 à 11,5 gigawatts en février. L'Ukraine a frappé les raffineries russes 194 fois au premier semestre. La guerre en Ukraine est devenue une guerre des infrastructures.
L'Ukraine a tenu, et sa défense active s'est construite presque entièrement en dehors des grands groupes d'armement. Le pays s'est équipé d'un réseau national de 14 000 capteurs acoustiques qui repèrent les drones à leur bruit ; à moins de 1 000 dollars pièce, l'ensemble a coûté moins de 54 millions de dollars, le prix de treize missiles Patriot. Des drones intercepteurs à quelques milliers de dollars ont représenté plus de 70 % des Shaheds abattus au-dessus de Kyiv en février, selon le commandant en chef ukrainien. L'avantage reste précaire : quand la Russie a déployé un Shahed à réaction volant à 500 km/h, la flotte d'intercepteurs à hélice est devenue obsolète en quelques semaines.
La valeur d'une entreprise du secteur repose sur sa vitesse d'itération, davantage que sur son produit du moment. Les attaques contre l'Europe continuent : la Finlande a saisi fin décembre un cargo soupçonné d'avoir sectionné un câble vers l'Estonie, l'aéroport de Munich a suspendu ses vols fin mai sur un signalement de drone, et l'Allemagne a relevé en juillet son niveau d'alerte face aux réseaux russes de sabotage. Aucune sous-station de l'Union européenne n'est sous sarcophage et seule la Lituanie s'est dotée d'une détection acoustique, avec le système ukrainien acheté en 2025. Un grand transformateur commandé aujourd'hui arrivera dans deux ans et demi à quatre ans : la demande des centres de données dépasse déjà l'offre, et l'Europe n'a aucune réserve stratégique.
Le programme européen de défense anti-drones vise une capacité complète fin 2028 ; sur une durée comparable, la Russie a adapté ses modes d'attaque une dizaine de fois. Avec Thomas Bodin, nous venons de publier sur le blog Newfund une analyse de ce paysage. Capteurs, intercepteurs, logiciel de pilotage de réseaux décentralisés, cybersécurité industrielle : chaque produit est à double usage, utile à l'énergéticien pour exploiter son réseau et à l'État pour le protéger. Dealroom et le NATO Innovation Fund comptent 8,7 milliards de dollars investis en 2025 dans les startups européennes de défense, de sécurité et de résilience, sans jamais isoler la résilience des infrastructures comme un segment.
Le logiciel y est la ligne la moins financée, mais nous ne savons pas si ce vide est réel : les électriciens sont peut-être déjà équipés, en interne ou par leurs fournisseurs historiques. Au vu des enjeux de décentralisation, qui jouent un rôle clé dans la réponse ukrainienne, il y a sûrement beaucoup à faire. C'était la Minute Newfund. À très vite, pour la prochaine !
Transcription automatique de l'épisode, relue rapidement. L'audio fait foi.