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#11

La vallée de la mort industrielle

12 juin 20262:58François Véron
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Ÿnsect, McPhy, Naarea : les grands projets industriels de la transition écologique française tombent les uns après les autres. Ces échecs partagent une cause : des usines financées comme des startups logicielles, avec l'État en clé de voûte des plans de financement. Dans cette Minute, on examine l'étage de financement qui manque à l'Europe industrielle.

Transcription

Ynsect a été liquidé le 1er décembre dernier après avoir levé plus de 600 millions d'euros. McPhy, le premier fabricant français d'électrolyseurs, avait été liquidé en mai 2025. Naarea, qui développait un petit réacteur nucléaire de quatrième génération, vient de suivre. Côté batterie, ACC discute avec des partenaires chinois et Verkor accuse 18 mois de retard à Dunkerque.

Protéines alternatives, hydrogène, nucléaire modulaire, batterie, quatre filières. industriel de la transition écologique et le même scénario d'échec. Chez Newfoundland, nous aussi, nous avons connu des échecs dans ce domaine. Ces entreprises ont un point commun, ce sont des usines.

Leur profil financier est celui d'un projet d'infrastructure. Un capital fixe massif, des revenus lointains, un risque d'exécution élevé. Elles ont pourtant été financées comme des start-up logiciels, par tour d'équity successifs, chaque tour supposant que le suivant trouverait preneur une fois certains milestones passés. Mais le passage à l'échelle est plus long et plus brutal quand il arrive.

La progressivité ne fonctionne pas. Ynsect affichait 656 000 euros de chiffre d'affaires en 2023 pour 80 millions d'euros de pertes. La Commission de régulation de l'énergie estime qu'un prototype de réacteur modulaire exige environ 1 milliard d'euros de financement, un montant qu'aucun fonds de venture européen ne peut porter. Et en ce moment, le capital se fait plus rare.

Le deuxième point commun est la place de l'État dans les plans de financement. Naarea est tombée en redressement à cause d'un retard de remboursement de 5,5 millions d'euros de crédit d'impôt recherche. Une subvention de 149 millions destinée à un projet de life, une start-up hydrogène a été décalée de 6 à 12 mois suite à la dissolution de l'Assemblée nationale en 2024. Lorsque la subvention est une clé de voûte du plan, l'aléa politique devient un risque pour l'entreprise.

La France n'a d'ailleurs pas le monopole de ses échecs. Northvolt en Suède, Enorme au Danemark, Aspire au Canada ont connu le même sort. Nous avions consacré une minute à ce mécanisme sous le titre « Pas de MVP pour une usine » . Il manque en Europe un étage de financement entre le Venture Capital et l'infrastructure pour franchir la traversée du désert entre 20 millions et 1 milliard d'euros.

Une belle exception récente confirme le mécanisme. Wandercraft fait industrialiser ses robots Kelvin par Renault, qui est entré au capital et en déploie 350 dans ses propres usines. Si l'industriel porte l'usine sur son bilan, alors le Venture peut financer le reste. Chez Newfound, Nous finançons des entrepreneurs qui transforment des secteurs existants par la technologie avec des besoins capitalistiques que le venture sait porter.

Restent les questions de fond. Qui doit prendre le risque industriel de la transition ? L'État en direct ? Les industriels sur leur bilan ?

Ou une classe d'actifs qui reste à inventer ? Et que vaudra la transition si personne ne prend ce risque ? C'était la Minute Newfund. À la semaine prochaine !

Transcription automatique de l'épisode, relue rapidement. L'audio fait foi.

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