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La Minute VC › Épisodes › Épisode 29

#29

Le drone sans Starlink

23 octobre 20262:38François Véron
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Depuis le 14 octobre, les drones ukrainiens perdent parfois leur liaison Starshield au-delà de 160 km/h, comme les drones russes avaient perdu Starlink en février. L'autonomie réelle reste difficile, mais la guerre pousse à accepter des risques que personne n'acceptait, et l'Ukraine produit les données dont les world models ont besoin. Dans cette Minute, on regarde comment le seuil de risque se déplace et qui tirera profit de cette évolution.

Transcription

Dans la nuit du 13 au 14 octobre, les terminaux Starshield, la version militaire de Starlink utilisée par l'armée ukrainienne, ont cessé de fonctionner au-delà d'une vitesse plafond, fixée depuis à 160 km/h. Les drones de frappe lancés par catapulte et les intercepteurs perdent la liaison. La Russie avait subi une coupure comparable en février, quand SpaceX a désactivé ses terminaux de contrebande. Les deux armées savent désormais que la liaison avec l'opérateur peut tomber à tout moment, par le brouillage ou par la décision d'un tiers.

L'autonomie est la réponse attendue, mais elle reste difficile à obtenir. Sur le front, elle se limite le plus souvent au guidage terminal : l'opérateur désigne la cible, puis le drone la suit et termine seul les dernières centaines de mètres. Naviguer sans GPS sur des dizaines de kilomètres, distinguer un char d'un leurre ou d'un tracteur, tenir sous le brouillage, dans la fumée, reste loin d'être résolu. En janvier, Kyiv a suspendu ses commandes d'un drone allemand présenté comme autonome, après des essais décevants au front.

Le contrôle humain passait par la liaison radio ou telecom. Quand elle disparaît, l'unité doit choisir entre annuler la mission et laisser le drone finir avec une autonomie imparfaite. Face aux drones et aux missiles qui frappent les villes chaque nuit, l'armée ukrainienne va probablement devoir accepter des risques d'erreur d'identification et d'échec que les armées occidentales refusaient jusqu'ici. Les world models, ces modèles d'IA qui apprennent la physique du monde à partir de vidéos plutôt que de texte, ont besoin de séquences réelles.

AMI Labs, la société de Yann LeCun à Paris, a levé plus d'un milliard de dollars en mars sur cette thèse. Le même mois, l'Ukraine a ouvert à ses alliés les données de dizaines de milliers de missions. Une société américaine, Enabled Intelligence, propose déjà plus de 500 000 heures de vidéos de drones ukrainiens. Les fabricants ukrainiens doivent corriger en permanence leurs modèles, au rythme où l'ennemi s'adapte et où il faut améliorer les chances de réussite de la mission.

La valeur n'est pas dans le modèle, mais dans la capacité d'apprentissage. L'Ukraine devient le terrain d'entraînement de l'autonomie, avec une urgence incroyable. Ces données serviront demain aux robots industriels, de livraison ou aux machines agricoles. Elles auront été produites dans un environnement d'exception, sans cadre sur le consentement des personnes filmées ni sur leur origine une fois absorbées dans un modèle.

Et peut-être encore plus que le dataset pur, si j'ose dire, ce qui s'invente à l'Est de l'Europe est la capacité à mélanger l'action humaine et celle de la machine d'une manière terriblement efficace. C'était la Minute Newfund. À très vite, pour la prochaine !

Transcription automatique de l'épisode, relue rapidement. L'audio fait foi.

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