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La Minute VC › Épisodes › Épisode 23

#23

Le venture sans les VC

11 septembre 20263:09François Véron
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En juin 2026, aucun gérant de fonds de venture ou de private equity n'a été enregistré en Chine, une première en douze ans.

Le capital continue pourtant d'affluer vers l'IA, mais il vient de l'État, des grands groupes et de la bourse de Hong Kong, plus des fonds indépendants.

Dans cette Minute, on regarde qui finance les laboratoires d'IA chinois, et ce qu'il reste du métier de VC.

Transcription

En juin 2026, l'Association chinoise de la gestion d'actifs n'a enregistré aucun nouveau gérant de fonds de venture ou de private equity, une première en douze ans. Sur le premier semestre, Caixin, le média d'investigation économique le plus crédible de Chine continentale, compte un enregistrement pour dix-huit radiations. La cause est un texte du Conseil des affaires de l'État, le Document 54, qui impose un examen préalable par les régulateurs locaux avant même de créer la société de gestion. Les équipes indépendantes doivent montrer leurs souscripteurs pour obtenir l'agrément, et les souscripteurs attendent l'agrément pour s'engager.

Les équipes adossées à une entreprise d'État obtiennent l'agrément plus facilement, parce qu'elles arrivent avec leur capital. Pour autant, le capital est abondant. La collecte du marché primaire chinois a atteint 156 milliards de dollars au premier semestre, en hausse de près de 50 % sur un an. Le financement des startups d'IA a triplé au premier trimestre, à 16 milliards de dollars.

Mais 68 % du capital se concentre sur trois secteurs, l'informatique, les puces et les biotechs. Les gérants adossés à l'État représentent un tiers des équipes pour 71 % des capitaux gérés. DeepSeek est financé par High-Flyer, le hedge fund quantitatif de son fondateur, sans capital extérieur. Zhipu a reçu près de 400 millions de dollars en 2025 des fonds municipaux de Hangzhou, Zhuhai, Chengdu et Shanghai (j'espère que je ne prononce pas trop mal), aux côtés de Tencent, d'Ant et de Meituan, le géant chinois de la livraison de repas, avant de s'introduire à Hong Kong en janvier.

MiniMax a suivi le lendemain, porté par Alibaba, Tencent et le fonds souverain d'Abu Dhabi. Moonshot a levé en mai 2 milliards de dollars à 20 milliards de valorisation, dans un tour mené par Meituan et China Mobile. La réglementation américaine interdit depuis janvier 2025 aux capitaux américains d'investir dans l'IA chinoise, les fonds en dollars ont donc quasiment disparu. Le résultat est un marché « en haltère », selon Caixin.

Les fonds publics ont pour consigne d'investir « tôt, petit et dans la hard tech », l'argent s'entasse donc en seed d'un côté et dans les méga-tours des leaders de l'autre. Les sociétés en phase de croissance peinent à se financer. Un dirigeant de Guoxin Fund, un véhicule d'État, reconnaît que « l'émotion court devant les preuves ». La formule est fleurie, à la chinoise.

Les fonds d'orientation publics avaient été créés pour prendre les risques que le capital privé refusait. Ils financent aujourd'hui les mêmes dossiers que tout le monde, aux mêmes prix. Ce constat dépasse la Chine. Aux États-Unis, l'essentiel du capital-risque va à quelques laboratoires d'IA et à leurs achats de GPU.

En Europe, il suit les priorités des programmes publics. Le métier du venture reste de financer des entrepreneurs qui portent un projet original. Exécuter une politique publique ou payer des infrastructures relève d'autres métiers, et sur les trois continents la frontière s'efface. C'était la Minute Newfund.

À très vite, pour la prochaine !

Transcription automatique de l'épisode, relue rapidement. L'audio fait foi.

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