En Ohio, un data center qui veut se raccorder au réseau signe désormais un contrat de douze ans et paie 85 % de la capacité réservée, même s'il ne consomme rien.
Derrière cette clause, il y a un transfert de risque : celui de l'infrastructure construite pour une demande qui pourrait ne pas venir. Dans cette Minute, on regarde qui porte ce risque, et pourquoi un prix record n'a fait apparaître aucune centrale.
Transcription
Dans l’Ohio, depuis l'été 2025, un data center qui demande plus de 25 mégawatts doit signer un contrat de douze ans avec son fournisseur d'électricité. Il s'engage à payer au moins 85 % de la capacité qu'il a réservée, même s'il ne consomme rien. Les contrats d'énergie appellent cela un take-or-pay. Un engagement de ce type a la rigidité d'un bail commercial, sans apparaître comme une dette au bilan.
Il figure en annexe, en engagement hors bilan. Un opérateur peut donc afficher un bilan propre et devoir douze ans de factures d'électricité, qu'il tourne ou non. Le réseau finance des lignes et des turbines amorties sur trente ans, pour une demande que les data centers annoncent sur cinq. Si cette demande ne vient pas, l'infrastructure est construite pour rien, et quelqu'un la paie quand même.
Sans take-or-pay, c'est le particulier branché sur le même réseau. Avec, c'est l'opérateur du data center. PJM, le plus grand réseau électrique américain, achète par enchère la capacité de production dont il aura besoin dans trois ans. Le 14 juillet, cette enchère a touché son plafond réglementaire, 325 dollars par mégawatt et par jour, contre moins de 30 dollars deux ans avant.
À ce prix, seuls 525 mégawatts de production nouvelle se sont présentés, l'équivalent d'une seule centrale au gaz. Le réseau doit normalement garder une réserve de 20 % au-dessus de sa pointe de consommation : il n'a obtenu que 14,7 %, pour la deuxième année de suite. Personne n'est venu construire, parce qu'une turbine se commande des années à l'avance et que la file de raccordement est déjà saturée. Microsoft en janvier, Anthropic en février se sont engagés à payer la totalité des travaux de renforcement que leurs data centers rendent nécessaires sur le réseau.
Normalement, une part de ces travaux est répartie sur tous les abonnés, et les deux entreprises disent qu'elles prendront aussi cette part. Ces engagements changent qui paie. Ils ne créent pas un mégawatt de plus. En Irlande, les data centers consomment la moitié de l'électricité de la région de Dublin, et le régulateur a gelé les nouveaux raccordements pendant près de quatre ans.
Il les a rouverts en décembre 2025. Chaque nouveau data center doit désormais installer sa propre production, capable de couvrir toute sa demande, et rendre du courant au réseau quand celui-ci en manque. Le risque sort du réseau partagé, par le contrat en Ohio, par la centrale en Irlande. Personne ne sait ce que vaut un data center engagé sur douze ans d'électricité, quand les puces qu'il abrite seront remplacées deux ou trois fois d'ici là.
C'était la Minute Newfund. À très vite, pour la prochaine !
Transcription automatique de l'épisode, relue rapidement. L'audio fait foi.