SpaceX lance trois fusées par semaine, Ariane 6 en vise huit pour toute l'année 2026. L'Europe dépend de Starlink pour des communications militaires critiques, et sa propre constellation IRIS² n'arrivera pas avant 2030. Dans cette Minute, on revient sur le mécanisme qui a creusé cet écart et sur ce qu'il enseigne.
Transcription
SpaceX lance en moyenne trois fusées par semaine. Ariane 6 vise huit lancements pour toute l'année 2026. Dans les années 2000, les études du CNES et d'Ariane Espace concluaient que la réutilisation n'était pas rentable pour un lanceur européen tiré neuf fois par an. Le raisonnement tenait dans un tableur.
Récupérer et reconditionner un premier étage coûtait plus cher qu'en fabriquer un neuf à faible cadence. Le PDG d'Ariane Group l'a dit lui-même. À neuf lancements par an, la réutilisation n'avait, je cite, « pas d'intérêt économique » . L'erreur de jugement ne vient pas d'une analyse technique, mais d'une conception statique du marché.
Car SpaceX a changé la cadence. A 150 tirs par an, chaque atterrissage de premier étage amortit davantage le coût de développement et l'intérêt de la réutilisation devient écrasant. Nous n'avons pas su voir que le volume était possible et qu'il changerait l'équation. Il faudrait en Europe une capacité sérieuse d'analyse post-mortem de nos erreurs stratégiques.
Les anciens des télécoms reconnaîtront le mécanisme de Starlink. Quand LDECOM posait de la fibre optique pour la fibre optique, Pour le compte d'opérateur, il glissait une fibre pour son propre réseau dans le même conduit. À coup marginal, quasi nulle donc. SpaceX a fait la même chose.
Chaque Falcon 9, lancé pour un client commercial, emportait des satellites StarTex en passager. La constellation a été déployée à coup marginal sur ses propres fusées. Lanceurs, satellites, services au sol, c'est l'intégration verticale complète et personne en Europe ne dispose de l'équivalent. Starlink opère plus de 7000 satellites.
L'armée ukrainienne dépend de ce réseau pour ses communications de terrain. Iris 2, la constellation européenne, prévoit 264 satellites pour un budget de 10,5 milliards d'euros, dont 6,5 milliards de fonds publics. Services initiaux au mieux en 2030. Si un incident politique ou technique coupait l'accès européen à Starlink demain, il n'y aurait pas de plan B opérationnel avant 4 ou 5 ans.
Chez Newfun, nous avons une petite fenêtre sur ce monde fascinant avec Infinite Orbits, un acteur unique en Europe qui maîtrise la technologie du rendez-vous spatial et opère des nanosatellites en orbite géostationnaire. Si le sujet vous intéresse, suivez cette startup. C'était la Minute New Fun, à la semaine prochaine.
Transcription automatique de l'épisode, relue rapidement. L'audio fait foi.